LITTERATURE


S'il tire son nom du moyen âge, c'est bien du siècle dernier que le mouvement gothique tire une grande partie de ses influences.
C'est dans ce renouveau gothique qu'il conviendra de chercher les principales caractéristiques que l'on retrouvera lors de cette nouvelle résurrection du genre à la fin des années 70.


" Littérature de l'excès, le gothique incarne à merveille la dualité de pudibonderie et de décadence de l’Angleterre victorienne. Ses atmosphères sombres, morbides et mystérieuses, son attirance pour le moyen âge, [...] en font une ombre du passé, superstitieuse et magique, projetée sur notre modernisme aveugle." écrit Clive Bloom dans Gothic Horror.
On peut aisément discerner ce que cette analyse a de pertinente vis à vis du mouvement gothique actuel. De Poe à Huysmans, de Baudelaire à Shelley ou Stoker, on ne cesse de croiser au fil des pages des climats familiers. Sombres, morbides, mystérieux, médiévaux, superstitieux et magique, autant d'adjectifs que l'on retrouvera sans peine un peu plus tard.

Nous devons le terme de “Roman Gothique” à un aristocrate érudit du XVIIIè siècle nommé Horace Walpole (1717-1797). Cet anglais libertin et excentrique (tout comme l’était sa demeure de Strawberry Hill, qu’il avait transformé en une sorte de musée dédié aux oeuvres médiévales), membre du Parlement anglais, passionné par l’architecture gothique, n’a écrit qu’un seul roman : “Le Château d’Otrante : A Gothic Story” (1764), mais qui est à lui seul l’acte de naissance d’un genre qui, tout au long du XVIIè siècle (et même après...) aura de nombreux descendants. Ce roman posera les thèmes fondamentaux du genre.


Le Romantisme du XIXème siècle est sûrement la référence la plus répandue à travers le mouvement gothique.
Le Romantisme est un mouvement ayant pour cadre l’Allemagne et l’Angleterre de 1770 à environ 1850. Il a durablement modifié les sentiments et les sensations, les idées, les mœurs et la vision de l’histoire. Il se place en réaction contre le XVIIIème siècle, celui des lumières, et son rationalisme.
Le Romantisme inaugure de nouveau rapports de l’homme avec lui-même (avec son moi), avec le monde, celui de la nature extérieure, de la société, de l’Histoire, avec Dieu.
Du point de vue de l’art, Mme de Staël (1766-1817) dénonce l’art classique comme un " art transplanté " de l’Antiquité païenne, tandis que l’inspiration chrétienne doit promouvoir un art tout nouveau, " indigène ", soit la littérature romantique. En revanche nous parlerons, chez les romantiques, plus de religiosité que de religion. Selon Mme de Staël l’idéal classique littéraire est un monde clos tandis que le Romantisme prône un monde de l’homme ouvert, quels que soient les lointains d’un autre horizon entrevu.
Le romantique est un homme " pour qui le monde extérieur existe " (Th. Gautier), il aime s’émouvoir devant les spectacles les plus quotidiens d’un univers familier. Le déisme ne peut plus lui suffire, il a besoin de remercier l’être suprême.


En Angleterre, de 1742 à 1745, on invente une nouvelle conception de la poésie et une fluidité dans les vers. Edward Yong (1683-1765) ouvre la voix aux " lakistes " avec ses Lamentations. William Wordsworth (1770-1850) est de ceux-là, qui désirent montrer un rapport étroit entre l’homme et la nature. C’est une sorte de néo-platonisme auquel on ajoute un fort sentiment religieux chrétien, un " mysticisme naturaliste ". La deuxième génération romantique anglaise est placée sous l’égide de Percy Bysshe Shelley (1792-1822) avec son Ode au Vent d’Ouest (1820)


En Allemagne, véritable patrie du Romantisme, c’est Goethe qui ouvre la brèche avec, en 1770, Sturn und Drang. Friedrich Hölderin (1770-1843), exprime, lui, sa nostalgie de la Grèce dans son élégie La Grèce (1795). La vie et l’œuvre d’Ernst Theodor Hoffman (1776-1822) est aussi majeure dans ce mouvement.


En 1820 surgit en France la poésie religieuse nationale avec les Méditations Métaphysiques d’Alphonse La martine (1790-1869), qui ont une forte tonalité sacrée. Il marque officiellement l’entrée de la France dans le Romantisme par son inspiration chrétienne. Il développe un sentiment profond, sincère, incontestable chez les romantiques qui est considéré comme un panthéisme. Le plus religieux des français, Victor Hugo (1802-1885), est le symbole même de ce siècle, c’est un lecteur passionné de l ‘évangile mais il se dresse bien vite contre l’Eglise.


Gérard de Nerval (pseudonyme de Gérard Labrunie), grand poète religieux, arrive à allier génie et folie (de 1841 à sa mort). Il est à ce point religieux qu’il réunit toutes les religions : celle de l’Antiquité païenne, du Moyen-Orient, la Kabbale juive, les diverses traditions du christianisme, dans le plus invraisemblable syncrétisme. En témoignent Les Filles du Feu (1854). Nerval qui a une véritable hantise de l’Autre avec la variante du Double maléfique, pratique un syncrétisme avec toutes ses " correspondances " au sens de Hoffman, plus tard de Baudelaire : " tout vit, tout agit, tout se correspond… "


La religiosité romantique a favorisé un authentique éveil religieux, cependant, à travers l’Europe " la mort de Dieu " est aussi proclamée. L’exaltation du " moi ", la revendication de l’individu incline à la révolte.
Depuis Les souffrances du jeune Werther de Goethe, en 1777, la plainte douloureuse du héros de n’être pas reconnu pour sa personne la plus profonde se fait grandissante. Les héros romantiques, de façon générale, doivent affronter les mœurs et les lois sociales. Ils sont vaincus dans une sorte de prédestination consciente : Hernani (1830), Ruy Blas (1838) de Victor Hugo et Chatterton d’Alfred de Vigny (1830).


Né à l’intérieur du Romantisme, le dandysme est un phénomène historique de la seconde moitié du XIXème siècle. Il consiste en une utopie romanesque et prend source en Angleterre. Les chefs de file du Dandysme sont Henry Seymour (1805-1859), le beau George Bryan Brummel (1778/1844) et le Comte d’Orsay.
C’est un aristocratisme : Il s’agit de se distinguer des autres, en particulier par la mise, la toilette, et les manières. Il vise à dénoncer la société en même temps que la faire rêver ( c’est un mouvement en marge). Le dandysme est un mélange composite de virilité brummelienne et d’homosexualité wildienne, d’héroïsme et de faiblesse de caractère, de luxe et d’ascèse, de sensibilité et de cynisme, d’innovation et de conservatisme.
" Le dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et mourir devant un miroir " (Mon cœur mis à nu. V, Baudelaire, Les Fleurs du Mal).
C’est une attitude esthétique avec une misogynie constitutive : " la femme est le contraire du dandy (…) la femme est naturelle, c’est à dire abominable " (Baudelaire). Le dandysme grandit d’abord dans la littérature : Les illusions perdues, Le Rouge et le Noir de Stendhal, Splendeurs et Misères des Courtisanes de Balzac.
Les précurseurs du dandysme sont les " macaronis " : jeunes gens raffinés et élégants au vêtement négligé, vers 1770.
L’histoire du dandysme a pour cadre la régence du Prince de Galles : le protagoniste de cette histoire est Brummel, né en 1778. Son salon est fréquenté par les leaders whigs. Brummel proclame qu’il faut être habillé avec élégance, il impose un ton aux cercles les plus fermés : White, Brooks et Watier.
Lord Byron (1788-1824) suit cette mouvance par un mode de vie tenant du dandysme. C’est un rebelle au conservatisme réactionnel de son milieu social. Byron a un mode de vie scandaleux et original, A. de Musset en France est son émule et a une vie débauchée et passionnée.


Les débuts du dandysme sont lents et emplis d’équivoque. Deux livres ont influencé le dandysme : Vivian Grey, de Benjamin Disraeli (1840-1881), qui traduit une emphase de couleurs vives, de dentelles et de bouclettes brunes appréciées par Wilde. Pelham d’Edouard Bulwer (1803-1873) est lui, un livre pour le grand public, avec beaucoup d’ironie (contrairement à l’histoire de Vivian). Le dandy Pelham est très différent de la conception brummelienne : cheveux frisés, habit noir ; il est efféminé et a des goûts équivoques. C’est un dandy accompli et il contraste avec la sobriété d’avant.


Dickens (1812-1870) se comporte lui-même comme un dandy en disciple du comte d’Orsay. Il est aussi paradoxalement le porte-drapeau de la révolte intellectuelle contre les dandys et leur détracteur. Considéré par Barbey et Baudelaire comme un des leurs, Théophile Gautier (1811-1872) adopte leur esthétique du dandysme allié à la littérature. Jules-Amédée Barbey d’Aurevilly (1808-1889) est le premier doctrinaire du dandysme avec son ouvrage Du Dandysme et de Georges Brummell (1845). Il avait auparavant écrit des articles sur la philosophie de la mode, et avait été conduit à rassembler tout au long des années une importante documentation sur la littérature de la Régence. Grâce à lui, le dandysme pénètre dans les milieux intellectuels et artistiques. Barbey édifie le piédestal pour la statue idéale d’un dandy intellectuel ressemblant peu à l’original. Les Diaboliques (1874) de Barbey, empreints d'une coloration satanique et désinvolte, mettent en scène de nombreux dandys.


Charles Baudelaire (1821-1867) manifesta très tôt son goût de l’indépendance et du dandysme. Toujours propre comme un sou neuf, habillé à la façon d’un secrétaire d’ambassade anglais, libertin par curiosité, il était aussi païen et caustique par révolte. Un tempérament froid, une allure soignée et courtoise, un habit noir rappelant une époque de deuil constituaient son image. Il avait un besoin ardent de construire une originalité et un culte de soi qui survit au malheur et aux désillusions.
" Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan " (Fragment 19, Mon cœur mis à nu. 1859-1866). Baudelaire se trouve dans la plus évidente tradition chrétienne, pour lui Satan n’a pas été une simple figure littéraire mais une réalité (Les litanies de Satan dans Les Fleurs du Mal). Esthétiquement, en reprenant dans ses Correspondances la doctrine exposée chez Hoffmann, il donne un " art poétique " à toute une génération symboliste qui l’a suivi. Ces correspondances s’exercent verticalement : de notre ici-bas terrestre au monde invisible métaphoriquement céleste, même si dans la littérature moderne ce sont les correspondances horizontales, les synesthésies qui ont eu la primauté.


Le goût des monstres a lui aussi connu son heure de gloire au XIXème siècle. Le Romantisme européen aime en effet se faire peur avec des aventures terrifiantes, ou des personnages monstrueux plus ou moins humains. Cela constituera la principale matière du " roman noir " dans un cadre médiéval " gothique ".
Le château d’Otrante (1764) d’Horace Walpole, comte d’Oxford (1717-1797) en est un exemple parfait. Il se déroule dans d’invraisemblables châteaux avec des souterrains, des cachots et des fantômes. Au bout de la vogue en Angleterre, il y a, Mary Wolstoncraft Shelley (1797-1851) et son Frankenstein ou le Prométhée moderne (1817). Au théâtre également, c’est le succès du mélodrame : la préface de Cromwell (1827) par Victor Hugo présente la théorie du grotesque caractéristique du " nouveau drame romantique ". Il s’agit d’un mélange du comique et du tragique, du sublime et du vulgaire. Hugo s’est alors complu à créer des personnages grotesques, monstrueux.


La figure du maudit tient une place primordiale dans la mythologie romantique. C’est le cas de Don Juan tour à tour opéra de Mozart (en 1787), repris par Hoffmann (en 1813), et poème de Byron en seize chants (en 1824)…
C’est d’une malédiction mal définie que souffre le héros romantique. La révolte romantique est d’ordre métaphysique, elle dépasse la dénonciation de l’injustice sociale, elle se dresse contre le Créateur d’un monde mal fait, responsable d’une condition humaine inacceptable.
C’est le grand ami de Shelley, Byron, qui a donné naissance de son vivant à une mythologie ou s'incarne les différentes caractéristiques du romantisme. Citons un de ces ouvrages qui a eu une grande influence : Manfred en 1817.
Il est évidemment hasardeux de parler de satanisme chez les romantiques : pour Shelley, si Zeus est renversé c’est par l’homme, ce n’est pas le triomphe de Satan (Prométhée délivré). Dans le Manfred de Byron, c’est l’homme qui a puissance sur les esprits même à l’heure de sa mort. Chez Hoffmann dans Les Elixirs du Diable (1816) Frère Médard retrouve finalement la paix avec sa bien-aimée.
Cependant c’est du côté d’Alfred de Vigny (1797-1863) au cœur du romantisme, que les rapports sont les plus subtils entre l’Archange déchu et l’homme. Dans son Eloa (1824), l’héroïne éponyme est " une ange " née de la pitié de l’homme-fils de Dieu et d’une larme de Jésus devant le cadavre de son ami Lazare. On peut au pire parler de fascination du Diable.


Le symbolisme est lui aussi un courant qui traverse le XIXème siècle. Il s’agit d’une quête aux innombrables ramifications qui a lieu en Angleterre, en France et en Belgique. Une longue période présymboliste se caractérise d’abord par une réaction contre l’esprit du siècle : positiviste, matérialiste et naturaliste en littérature. Puis durant la deuxième décennie, le symbolisme s’affiche, triomphant. Jean Papadiamantopoulos dit Moréas (1856-1910) tente une première définition du symbolisme dans un article parut dans " Le Temps ", en août 1895. Il dénonce alors le courant " décadent " et désigne par " positivistes " les adeptes du nouveau courant. Un an plus tard " Le Manifeste du Symbolisme " paraît, il n’est pas clair, il le définit comme une " œuvre de déformation subjective ". Cette définition annonce le culte barrésien du moi. A l’origine du Symbolisme on trouve donc une tentative de liberté de la littérature hors du carcan naturaliste.


Théophile Carlyle (1795-1881) réagit contre le rationalisme et l’utilitarisme qui sévissent en Angleterre. Pour lui l’univers est un vaste recueil symboliste qui renvoie au divin. Ses thèses sont développées dans son célèbre roman : Sartor Resartus (1834) qui s’achève sur l’apologie d’un mysticisme spirituel et d’un symbolisme universel.
John Ruskin (1844-1889) entend lui, fonder le culte du beau par la connaissance de l’art. C’est dans la tradition préraphaélite qu’il pense retrouver les sources de la beauté primitive.
Gerard Manley Hopkins (1844-1889) obtient un renom posthume. Son œuvre est étonnement novatrice dans les formes poétiques : c’est la sacralisation de la création même s’il ne fait pas un usage symboliste des symboles.


Comme nous l’avons mentionné plus haut, Baudelaire fait aussi parti de ce courant pour les raisons que l’on a identifiées. Il a développé la théorie des correspondances de Hoffmann et a été un des plus grands symbolistes de son temps. En effet Les Fleurs du Mal, est un recueil pour le moins symboliste par ses références mystiques et son art poétique à part.


Né en 1854 (et mort en 1891) Arthur Rimbaud, dans sa lettre à Paul Demeny le 15 mai 1871, se fait connaître comme le poète nouveau. Il est le " voyant ".
Il invente avec sa poésie le mythe moderne du poète. Rimbaud est nietzschéen avant la lettre et dénonce le Christ l’ " éternel voleur des énergies " (Les Premières communions, 1871). La leçon de Rimbaud est la constatation : " Un soir j’ai assis la Beauté sur mes genoux – Et je l’ai trouvée amère – Et je l’ai injuriée. "
Il a laissé le modèle poétique le plus vénéré dans les textes des Illuminations où le choc des images dans leur vitesse dissout les liens logiques et substitue au discours, nouvelle réalité d’un langage d’un insolite.


Dans les dernières années du XIXème siècle, l’Expressionnisme parcourt l’Europe jusqu’en 1914 et au-delà de la première guerre mondiale. C’est, au départ un courant de peinture qui va englober ensuite tous les arts. Il est d’une importance comparable au romantisme : les artistes revendiquent une mentalité, une sensibilité par rapport à une grave crise spirituelle.
Plongeant ses racines en Scandinavie dès avant 1880 (bien avant la première guerre), il rejette les mœurs bourgeoises, celles de la société et de ses institutions ; les artistes font également un triomphe étalé du progrès scientifique et technique (différent du culte de la modernité).
L’Expressionnisme est en plus en rapport avec l’anarchisme, celui du philosophe allemand Max Stirner (1808-1856) avec L’Unique et sa Propriété en 1845. Il montre ce que l’individu a d’unique, d’inaliénable, il récuse toute religion, toute morale, la politique, l’Etat, et, il est dans la lignée de l’athéisme de Fenebach tourné vers l’action du russe Mikhaïl Bakounine (1814-1876).


En peinture l’expressionnisme consiste en une perception immédiate d’un tableau dans son unité, cela crée un effet de totalité, les conditions de l’efficacité sont meilleures. Les plus représentatifs et les plus connus demeurent ceux d’Edvard Munch (1863-1944) : Le Cri (1893) ou bien encore L’Angoisse (1894). Ils sont saisissants et peuvent être considérés comme emblématiques du courant. Van Gogh (1853-1890) et ses démences visionnaires en fait aussi parti, ainsi que Picasso (1881-1973) avec ses Demoiselles d’Avignon (1907).


Pour ce qui est de la philosophie, l’influence de Nietzsche (1844-1900) est prédominante. Celui-ci proclame en effet un âge nouveau de la pensée. C’est la faillite d’un certain humanisme athée, celui d’Auguste Comte (1798-1857) en France et de Ludwig Fenebach (1798-1857) en Allemagne.
L’athéïsme de Nietzsche se place face au positivisme et en réaction contre lui, c’est une expérience radicale par ses affrontements violents avec la religion chrétienne. Mais la philosophie de Nietzsche est souvent mal comprise et ses contours mal définis : nihilisme, mort de Dieu, transmutation des valeurs se retrouvent dans le langage contemporain pour illustrer sa pensée.
Nietzsche se situe dans la lignée d’Arthur Schopenhauer (1788-1860) qu’il va finalement réfuter. Mais le premier a exprimé sa reconnaissance envers celui qui, à ses yeux, a pris acte de la fin du christianisme et de la mort de Dieu et qui a posé la question du non-sens de l’existence. Cependant il dénonce la visée éthique de Schopenhauer : son nihilisme qui en reste au stade réactif.
Le procès nietzschéen du christianisme est celui d’une religion considérée comme celle du ressentiment et de la mauvaise conscience. Le philosophe se veut l’annonciateur d’une religion sans ressentiment. Mais l’antichristianisme reste le pôle central chez Nietzsche. Il engage l’affrontement en prise directe avec la référence chrétienne, sa vitalité à besoin de cette opposition pour conserver toute sa violente originalité. Cet affrontement s’est voulu lui-même comme le dépassement de tout un humanisme.
L’origine de sa philosophie, la mort de Dieu, tient lieu d’une révélation nouvelle dont la signification est restée voilée à ses prédécesseurs. " Avec lui cesse l’âge de la confiance naïve, où l’on salue tantôt la réconciliation de l’homme avec Dieu, tantôt le remplacement de Dieu par l’homme " (Gilles Deleuze). Cette révélation culmine dans Zarathoustra au point de revêtir jusqu’à l’obsession les formes du langage évangélique.


André Gide (1869-1951) subit une grande influence de Nietzsche de façon significative, même si ses emprunts sont sélectifs. Il croit voir dans le philosophe un amateur de Christ sans Eglise. A propos de L’Immoraliste (1902) et de Les Nourritures Terrestres, il reconnaît sa dette envers Nietzsche. Le dernier regard de Gide est une répudiation de son Zarathoustra, il évoque son ton " insupportable ".
Ensuite avec André Malraux (1901-1976), la philosophie nietzschéenne fait son entrée dans le romanesque : Les conquérants (1928) et Les Noyers de l’Altenburg. Les héros de Malraux sont réunis pour une " apocalypse de la fraternité ".
Le point culminant de l’inspiration de Nietzsche est chez Georges Bataille (1897-1962). Il semble vouloir entreprendre une transmutation en actes de cette volonté d’atteindre le modèle de l’humanisme nietzschéen. Ainsi il réhabilite la mémoire de Nietzsche, compromise par la " souillure nazie ", en janvier 1937 dans la revue " Acéphale " qui publie un numéro intitulé " Nietzsche et les fascistes : une réparation ".
Bataille est à la recherche d’une expérience totale, d’une communion nietzschéenne. Si bien que Sartre écrit en 1943 de Bataille, qu’il est un nouveau mystique : " Dieu est mort, mais l’homme n’est pas devenu athée ".


Les enfants de Nietzsche sont nombreux, il est donc malaisé de faire une synthèse. " La mort de Dieu " ne pose pas seulement le problème de son remplacement mais aussi le visage moderne de son insistante et fidèle éternité.



CONCLUSION ?


La littérature gothique eu une importance descendance pendant les XIXè et XXè siècles. Pour certains, elle fût une des bases du grand mouvement Romantique du XIXè. De nos jours, cependant, sans doute à cause de l’amalgame fait avec des récits plus contemporains qui n’ont d’autre vocation de d’apporter un médiocre et sanguinolent divertissement, elle semble un peu mise de côté, considérée comme une sorte de paralittérature d’intérêt mineur. Cependant, sa persistance à travers quelques grands auteurs tels que Lovecraft ou Rice, devrait nous donner à réfléchir. Tout en étant écartée des canons des oeuvres majeures (comme en témoigne l’enseignement universitaire), elle a donné naissance à nombre de mythes populaires. Sans pour autant avoir lût Shelley, Stoker ou Stevenson, qui ne connaît le monstre de Frankenstein, l’inquiétant comte Dracula ou le déchiré Dr Jeckyll ? Nous vivons une civilisation de l’explicite qui accorde une (trop ?) Grande place au sens visuel et au rationnel, plus importants que l’imagination ou la suggestion. Malgré les progrès scientifiques et les avancées de la connaissance dans tous les domaines, nous avons encore besoin - peut-être plus que jamais - de croire que nous ne connaissons pas les frontières de ce monde qu’on nous affirme limiter. La Littérature gothique et un genre qui, de par l’apparente simplicité de ses thèmes, mais aussi par leur nature profondément enracinée dans notre inconscient, détient un puissant pourvoir de suggestion. Son évolution logique est à l’origine de mouvements culturels actuels riches, picturaux et musicaux, malgré les préjugés qu’ils attirent et les vilipendages qu’y associent certains cerveaux si académiquement bien pensants.

BIBLIOGRAPHIE

(Tiré du site Obscurantis)

Romans et Nouvelles (ne sont mentionnés ici que les ouvrages français ou traduits en français).
Benson E. F. “La Chambre dans la Tour” Le Masque Fantastique, 1978 (nouvelle parue aussi dans le volume I de la “Grande Anthologie du Fantastique”
Bierce A. “De Telles Choses sont-elles Possibles ?” Rivage Poche / Bibliothèque Etrangére, n130
Bierce A. “Contes Noirs” Rivage Poche / Bibliothèque Etrangère n59
Blackwood A. “John Silence” Rivages, 1993
Blackwood A. “Elève de Quatrième... Dimension” Denoël, 1966
Conan Doyle A. Oeuvre complète dans la collection Bouquins
Kipling R. Oeuvre complète chez Robert Laffont / Bouquins
Harvey W. F. “La Bête à Cinq Doigts” Seghers, 1982
Hawthorne N. “Le Faune de Marbre”, Corti
Irving W. “Contes d’un Voyageur” éditions Autrement / Littérature
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Le Fanu J. Sh “Carmilla”, suivi de “Thé Vert”, “Le Familier”, “Mr Justice Harbottle”, Denoël / Présence du Fantastique, 1993
Le Fanu J. Sh “Carmilla” Actes Sud / Babel, 1997 (N206)
Le Fanu J. Sh “Le Dernier Héritier de Castle Connor” Ombres, 1994
Le Fanu J. Sh “L’oncle Silas” Néo, 1988 (également chez Corti, 1997)
Lewis M. G. “Le Moine” Robert Laffont / Bouquins, 1984 (également chez Corti)
Lovecraft H. Ph. Oeuvre complète en trois volumes chez Bouquins
Maturin Ch. R. “Melmoth ou l’Homme Errant” dans Romans Terrifiants, Robert Laffont / Bouquins, 1984 (également traduit chez Phébus)
Poe E. A. “Le Chat Noir” J’ai Lu N°2 004
Poe E. A. “Histoires Extraordinaires” Livre de Poche (N604), Pocket (N6019), GF (N39), Folio (N310)
Poe E. A. “Nouvelles Histoires Extraordinaires” Folio (N801), GF (N55), Presse Pocket / Lire et Voir les Classiques (N6050)
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Polidori J. “Le Vampire” Babel (N228), 1997
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Radcliffe A. “Les Châteaux d’Athlin et de Dunbayne”
Radcliffe A. “Un Roman Sicilien”
Radcliffe A. “Roman de la Forêt”
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Shelley M. “Frankenstein” J’ai Lu / L’Epouvante (N3567), Folio (N29), Le Livre de Poche (N3147), Bouquins (Les Evadés des Ténèbres), Omnibus (Les Savants Fous)
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Stevenson R. L. “Janet la Revenante et autre nouvelles écossaises” Editions Complexe
Stoker Bram “L’Enterrement des Rats et Autres Nouvelles” Librio (N125)
Stoker Bram “Dracula” Babel (N268), J’ai Lu (N3402), Pocket (N4669), Bouquins (Les Evadés des Ténèbres)
Stoker Bram “L’Invité de Dracula”, chez 10 / 18 (N2291)
Stoker Bram “La Dame au Linceul” Babel (N181)
Walpole H. “Le Château d’Otrante”, dans Romans Terrifiants, Robert Laffont / Bouquins, 1984
Wells H. G. “L’Ile du Docteur Moreau” Folio (N2917)
Wilde O. “Le Portrait de Dorian Gray” Pocket (N6066), Folio (N 2360), Le Livre de Poche (N569), GF (N764)
Wilde O. Oeuvre Complète chez Mercure de France
Wilde O. “Le Crime de Lord Arthur Savile”, Livre de Poche (N3127)

Anthologies Diverses...


“Dernières Nouvelles de Dracula” ED. Joelle Losfeld, 1993. Deuxième volume en 1994. Comportant des nouvelles d’A Rice, Janet Asimov...
“L’Amérique Fantastique” de Finné J., chez André Gérard / Marabout, 1973
“La Grande Anthologie du Fantastique”, Paris : Omnibus, 1996, en 3 volumes :
Volume 1 : Histoires de délires, de Cauchemards, d’Aberration, de Doubles.
Volume 2 : Histoires de Monstres, de Présences, de Choses, de Fantômes.
Volume 3 : Histoires de Morts Vivants, Démoniaques, D’occultisme et de Sorcellerie, de Maléfices.
“Anthologie de la Peur. Entre Chien et Loup” de Jourdain E., chez Seuil / Point, 1989
“Vampires. Anthologie” de Lacassin F. chez Christian de Bertillat “ Les Belles Pages”, 1995 (avec des histoires de Polidori, Rice...)
“Histoires Anglo-Saxonnes de Vampires” de Marigny J. Chez Librairie des Champs-Elysée, 1978
“Dictionnaire du Fantastique” de Pozzuoli A. et Kremer J.P., chez Jacques Grancher, 1992 (ouvrage fournissant des données littéraires, cinématographiques, visuelles...)
“Les Cent Ans de Dracula. Huit Histoires de Vampires de Goethe à Lovecraft”, chez Sadoul Barbara editions
“La Dimension Fantastique : 13 Nouvelles d’Hoffman à Claude Seignolles” chez Sadoul Barbara éditions (avec des nouvelles de Poe, Lovecraft...)
“Les Savants Fous” chez Omnibus (avec Frankenstein, Mr Jeckyll et Mr Hyde...)
“L’angleterre Fantastique” de Van Herp J., chez André Gérard / Marabout, 1974

Ouvrages critiques


Assoun P. L. “Littérature et Psychanalyse” Paris Ellipses, 1996
Bellemin-Noël J. “Psychanalyse et Littérature” Pars PUF, 1978
Bellemin-Noël J. “Le Fantastique” Paris : Larousse / Littérature, 8 décembre 1972
Dupeyron Lafay F. “Le Fantastique Anglo Saxon : au-Delà du Réel” Paris : Ellipses, 1998
Centre du Romantisme Anglais “Le Double dans le Romantisme Anglo-Américain” Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Clermont-Ferrand II, Fascicule 19, 1984
Lacassin F. “Mythologie du Fantastique. Les Rivages de la Nuit” essais publiés aux éditions du Rocher / Littérature.
Le Brun Annie “Les Châteaux de la Subversion”, chez J. J. Pauvert, 1982
Lévy M. “Le Roman Gothique Anglais. 1764-1824”. Toulouse : Association des Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1968
Lévy M. “Lovecraft ou du Fantastique” Paris : Christian Bourgois Editeur, 1985 (1972)
Marigny J. “Sang pour Sang. Le Reveil des Vampires” Paris : Découvertes Gallimard / Traditionns, 1996 (1993)
Marigny J. “Dracula” Paris : éditions Autrement / Figures Mythiques, 1997
Ponnau G. “La Folie dans la Littérature Fantastique”. Toulouse : Editions du CNRS, 1982
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